Le candidat social-démocrate à l'élection présidentielle, Raphaël Glucksmann à Paris, le 22 octobre 2026 ( AFP / Kenzo TRIBOUILLARD )
Raphaël Glucksmann a effectué vendredi son premier déplacement depuis sa désignation comme candidat de la gauche social-démocrate, assumant "la pondération" de sa campagne, percutée par la crise sociale.
En pleine mobilisation notamment de la jeunesse, le patron de Place publique a choisi de se rendre à Amiens (Somme), dans une mission locale, destinée à l'insertion professionnelle et sociale des jeunes.
Un déplacement sous une météo capricieuse, qui a inspiré le candidat: "Une campagne pluvieuse, dans la tradition socialiste, ça peut produire des choses très belles", a-t-il souri, se plaçant dans les pas de François Hollande.
"Si on veut avoir une campagne présidentielle normale, dans un climat apaisé, sans violence, il faut aujourd'hui répondre" à l'urgence sociale et notamment aux demandes de la jeunesse, a-t-il plaidé.
Raphaël Glucksmann a participé jeudi à la réunion des partis politiques à Matignon, pour la première fois en compagnie du patron du PS Olivier Faure, pour porter ses propositions destinées à désamorcer la crise.
Mais des voix s'interrogent sur ce premier déplacement tardif, 12 jours après sa victoire sans appel à la primaire.
Surtout que le chef de Place publique connaît une petite dynamique dans les sondages, dont certains le placent au coude-à-coude avec Jean-Luc Mélenchon (à 16 %) pour se qualifier au second tour de la présidentielle.
"Je ne comprends pas : il a du carburant politique, il n'en fait rien", s'étonne un proche de Gabriel Attal, alors que Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen sont eux très présents dans cette période de tension.
"Il aurait eu besoin que très vite après la désignation il y ait une campagne qui s'enclenche, mais je ne vois pas ça", souffle aussi une responsable écologiste.
Raphaël Glucksmann avait prévu des déplacements plus tôt, précise son entourage, mais ils ont été reportés après les violences du 17 octobre.
Un socialiste juge pour sa part qu'il a raison "de ne pas se précipiter" : "Il vaut mieux prendre son temps que de refaire trois fois son entrée en campagne".
Et l'eurodéputé a une contrainte de taille : alors que les autres candidats de gauche participent aux mobilisations, il lui est impossible de se rendre dans une manifestation, en raison de l'hostilité d'une partie des manifestants, souvent issus de la gauche radicale.
Juste après sa victoire à la primaire, le candidat a été enfariné. Il avait aussi été invectivé lors d'un rassemblement féministe. Et lundi, alors qu'il était présent à un rassemblement devant l'Hôtel de ville de Paris, il a été chahuté.
Protection policière
Sera-t-il samedi dans un cortège? "On verra", a-t-il répondu à Amiens, déplorant "le niveau d'hostilité et de tension que certains groupes politiques ont à l'égard des représentants de la gauche social-démocrate et de moi en particulier".
"Il faut que ça s'arrête, on ne va pas faire campagne pendant six mois comme ça", a-t-il ajouté, expliquant que si "ce serait bien d'être dans une manifestation", il ne souhaite pas "capter l'attention, qui doit porter sur les lycéens et les étudiants qui manifestent, au profit d'images qui font le buzz".
Le PS a indiqué avoir mis son service d'ordre à la disposition du candidat. Une protection policière a aussi été mise en place par les services de l'Etat, ajoute son entourage.
Il a quand même rencontré des lycéens à plusieurs reprises et va faire une campagne de terrain, assure son équipe. Lui-même le promet : "Vous allez me voir, vous allez me voir jusqu’à plus soif".
Mais "il faut le temps à la campagne de se mettre en place", défend un socialiste, et d'abord "structurer l'équipe, le programme et la stratégie".
"Le rassemblement de la famille social-démocrate n'est pas encore fini", abonde Jérôme Auslender, membre de Place publique. Raphaël Glucksmann a notamment échangé avec François Hollande et Bernard Cazeneuve, pour tenter de les rallier.
A Amiens, l'eurodéputé a assumé porter un programme "plus humble" que d'autres, au risque d'être parfois considéré comme "trop mou". Les promesses non tenues sont "ce qui est en train de tuer la démocratie française", a-t-il assuré.
Pour Jérôme Auslender, la primaire a montré "qu'il y a une disponibilité des Français pour une voix pondérée, ce qui n'exclut pas une radicalité dans les réponses".

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